Young Lords. Histoire des Black Panthers latinos (1969-1976)

C’est par hasard que Claire Richard, spécialiste de la santé communautaire, journaliste, découvre l’histoire des Young Lords, les « Black Panthers Latinos ». Mobilisé·e·s dans plusieurs villes de la côte Est des USA au tournant des années 70, ces militant·e·s, filles et fils d’immigré·e·s portoricain·e·s, n’ont pas eu la même postérité que les Black Panthers. Iels ont pourtant marqué l’histoire américaine de la santé communautaire. Le livre retrace leur histoire en s’arrêtant sur ce qui a fait leur force (des actions radicales au service de la population) comme ce qui a fait leur faiblesse (des dissensions politiques autour de leurs liens avec Porto Rico).

Claire Richard a choisi une écriture chorale basée sur ses propres entretiens avec d’ancien·ne·s membres des Young Lords et sur des documents d’archives. Le livre retrace chronologiquement l’histoire du mouvement en s’appuyant majoritairement sur des verbatims directs des militant·e·s.

Au départ, les Young Lords s’engagent pour « servir le peuple »

Iels sont révolutionnaires, révolté·e·s à la fois par les inégalités qui frappent durement les classes populaires américaines et par l’histoire et le statut de Porto Rico, colonie américaine dont les habitant·e·s sont considéré·e·s comme des citoyen·ne·s de seconde zone. Iels voient grand : iels s’imaginent combattant la police et organisant activement la révolution. Mais au contact de la communauté, iels se rendent compte que les habitant·e·s des quartiers défavorisés ont d’autres priorités, à commencer par le manque constant de propreté dans leurs quartiers. Un peu pris·e·s au dépourvu, les Young Lords décident néanmoins de s’attaquer au problème et nettoient les rues en réquisitionnant de force du matériel. Parce que la municipalité refuse de faire passer des camions poubelles à une fréquence raisonnable, les militant·e·s déversent toutes leurs poubelles dans un quartier huppé et y mettent le feu. Succès médiatique immédiat, les journalistes s’emparent de l’affaire et créent une petite renommée aux Young Lords. Les autorités se voient obliger d’envoyer plus de camions poubelles.

Une autre préoccupation majeure de la population émerge rapidement : la santé

L’accès aux soins est difficile et couteux, des maladies comme le saturnisme ou la tuberculose touchent de manière disproportionnée les quartiers défavorisés et le matériel de dépistage est limité pour les populations pauvres. Fort·e·s de leurs premiers exploits, les Young Lords passent à l’action : iels occupent un hôpital pour dénoncer la situation et réquisitionner du matériel, lancent un programme de désintoxication, forment des binômes pour faire du porte-à-porte afin de dépister certaines maladies au sein même des foyers et détournent un camion de radiologie pour l’amener dans leurs quartiers. Leur objectif est clair « des soins gratuits pour tous·te·s » dans une perspective socialiste. La santé occupera une place très importante dans leur programme tout au long de leur existence.

Pour conclure

En plus de retracer leurs actions, Claire Richard nous montre également comment l’engagement des Young Lords touche à tous les aspects de leur existence. Iels veulent agir mais aussi changer les mentalités, à commencer par les leurs. Des programmes d’éducation populaire sont mis en place, notamment sur l’histoire de Porto Rico. Les hommes et les femmes participent également de manière égalitaire aux activités, que ce soient la distribution des petits-déjeuners gratuits comme la participation au service d’ordre. Les femmes se battent contre les rôles traditionnels de genre et le mouvement se dote d’une commission gay pour ses membres LGBT.

Le livre nous donne un très bon exemple de l’origine militante de la santé communautaire à travers une lecture immersive sur un mouvement très peu connu du grand public.