Où va le monde et que peuvent les hommes ? C’est avec cette interrogation, au cœur de l’éducation populaire, que Christian Maurel, sociologue français, ouvre et clôt ce livre qui nous éclaire sur les contours de ce que nous appelons en Belgique l'éducation permanente.

L'auteur nous propose tout d'abord une définition. Ce qu’est l'éducation populaire : une production collective de connaissances et de représentations culturelles propres à un groupe social en conflit. Ce qu’elle n’est pas : une éducation du peuple (la dispensation de savoirs) et une mise à profit de la culture pour pacifier, pour asseoir une domination. Ce qu’elle vise : l'émancipation (sortir de la place que la société nous assigne), le développement de la puissance d'agir (devenir sujet de son itinéraire) mais aussi la transformation sociale (subvertir les rapports de domination).

La deuxième partie cerne les enjeux de l'éducation populaire et ses fonctions. Que peut-elle faire bouger ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ? Pourquoi est-elle utile aujourd’hui ? Selon Maurel, dans une période où les transformations de société bouleversent les rapports de travail, où les inégalités se déploient à nouveau, où la démocratie délégataire est en crise, il y a un énorme besoin d'éducation populaire. En traversant différents domaines d'action, elle pourra penser de nouvelles formes de production économique (ne pourrait-elle pas être la dimension culturelle de l'économie sociale et solidaire ?), réinventer un mouvement social (réellement contradictoire), faire à nouveau des individus des sujets politiques capables de transformer, produire des savoirs permettant de décrire notre situation au monde, de lui donner un sens et d'agir pour le changer.

Enfin, Maurel  présente une praxis, les variants et les invariants d’une pratique d’éducation populaire, les activités qui peuvent s'en revendiquer. L'éducation populaire est tout d'abord une forme d'apprentissage dans laquelle l'individu est le sujet, une singularité agissante. Elle se fait dans l'action et par l'action collective, à partir de ce qui affecte, d'une situation propre. Elle révèle à travers des langages rationnels ou artistiques, en tout cas sensibles, les contradictions qui nous traversent. Pour faire de l'éducation populaire, l'auteur relève trois modes opératoires principaux : la production et la socialisation des savoirs, l'acte artistique (une création qui unit de l'objectif et du subjectif) et l'engagement social et associatif.

L'éducation populaire désigne donc un ensemble de postures démocratiques qui permettent de construire des savoirs nouveaux et pouvant prendre différents détours comme la prise de parole, l’écriture, le théâtre, la production audiovisuelle, la manifestation, l’interpellation, la négociation… Il s’agit de créer de l’espace public en n'ayant pas peur de fertiliser les conflits, ceux qui combattent la violence et qui construisent un territoire commun.